Les idées clés
- La pilule contraceptive empêche une grossesse soit en supprimant l’ovulation (pilule oestro-progestative et certaines pilules progestatives), soit en modifiant la glaire cervicale et l’utérus (certaines pilules progestatives). Quoi qu’il en soit, elle rend impossible soit une fécondation, soit l’implantation d’un embryon.
- Son efficacité pratique est de 93%, car elle peut être compromise par un oubli, une diarrhée, des vomissements, ou certaines interactions avec des plantes ou des médicaments.
- Il peut être compliqué de déceler un début de grossesse sous pilule, car la pilule peut masquer les symptômes : en cas de doute, il faut réaliser un test de grossesse pour en avoir le coeur net.
- D’autres alternatives à la pilule, qu’elles soient hormonales ou naturelles, sont également disponibles (et parfois plus efficaces).
Saviez-vous que dans plus de 66% des cas, les femmes ayant recours à l’IVG utilisaient un moyen de contraception au moment de leur grossesse ? Cela démontre bien qu’il n’existe pas de contraception absolument infaillible et la pilule contraceptive ne fait pas exception.
En théorie, la pilule empêche toute grossesse non désirée, mais dans les faits, il n’est pas rare d’entendre qu’une femme est tombée enceinte sous pilule. Comment est-ce possible ? Pourquoi, dans certains cas, la pilule n’est pas suffisamment efficace pour empêcher une fécondation ? On vous explique tout ça !
L'article, en bref
ToggleComment la pilule, en théorie, empêche une grossesse ?
La pilule est une contraception hormonale, qui bloque la plupart du temps l’ovulation. L’ovulation se produit lorsque l’ovule s’échappe de l’ovaire et est capté par la trompe utérine. Il a ensuite 24 heures (grand maximum) pour être fécondé par un spermatozoïde.
Néanmoins, l’ovulation n’est pas un phénomène isolé sur 24 heures : en réalité, le cerveau a travaillé dès le début du cycle (le premier jour des règles) avec les ovaires pour stimuler les follicules en lice sur ce cycle. L’ovulation est donc le résultat d’une cascade hormonale qui prend des jours ! Or, sous pilule, tout ce travail est bloqué par les hormones de synthèse.
Le cycle menstruel, sans pilule
Sans pilule, le cerveau et les ovaires ont donc toute latitude pour s’atteler à l’ovulation :
En première partie de cycle, l’hypophyse (une glande située dans le cerveau) envoie une hormone, la FSH, pour stimuler les follicules ovariens, qui contiennent tous un ovule. Ces follicules, en se développant, sécrètent des oestrogènes ; au bout de quelques jours, un follicule devient dominant et se met à produire plein d’oestrogènes pour signaler qu’il est prêt à ovuler. En réponse, le cerveau envoie une autre hormone, la LH : quand tout va bien, l’ovulation se produit dans les 18 heures qui suivent.
Après l’ovulation, les oestrogènes font place à la progestérone, sécrétée par le corps jaune, qui est le résidu du follicule ovarien. La progestérone est la gardienne du temple et surtout, d’une éventuelle grossesse : elle vascularise et maintient l’endomètre (la muqueuse utérine) que les oestrogènes ont bâti, elle augmente la température et surtout, elle bloque la LH, empêchant toute nouvelle ovulation jusqu’à la fin du cycle.
Sans grossesse, le corps jaune finit par s’atrophier et la progestérone chute, comme les oestrogènes. L’endomètre se détache et est évacué grâce aux menstruations.

Le cycle menstruel sous pilule
Sous pilule, les choses sont bien différentes ! Les comprimés contiennent un progestatif, qui a le même effet que la progestérone naturelle sur l’ovulation : il la bloque !
C’est le cas de toutes les pilules combinées, ou oestro-progestatives, et d’une partie des pilules progestatives. Dans le cas des pilules micro progestatives, le progestatif moins dosé peut ne pas inhiber l’ovulation, mais la pilule agit alors sur deux autres mécanismes : la glaire cervicale et l’endomètre.
En effet, le progestatif vient également altérer la glaire cervicale (essentielle à la fécondation), en la compactant pour qu’elle rende le col de l’utérus hermétique au passage des spermatozoïdes, et « atrophier » l’endomètre, afin de réduire les chances de nidation, au cas où une fécondation aurait tout de même lieu.
La pilule étant prise tous les jours ou presque, le cycle menstruel est donc la plupart du temps complètement à l’arrêt, comme si vous étiez enceinte ou en ménopause. Cela signifie aussi que vous ne sécrétez plus d’hormones féminines naturelles : pas d’oestrogènes, ni progestérone, qui permettent bien sûr d’ovuler et de rendre une grossesse possible, mais qui ont aussi beaucoup de bienfaits sur votre santé globale (mais c’est un autre sujet :)).

Les hormones naturelles sont à plat, mais sont donc remplacées par des hormones de synthèse :

Les pilules combinées contiennent aussi des oestrogènes de synthèse, qui sont en réalité surtout utiles pour épaissir un petit peu l’endomètre et créer de fausses règles durant la semaine d’arrêt de la prise de pilule. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les femmes qui ont une contraception contenant seulement un progestatif (pilule progestative, stérilet hormonal, etc., mais pas les certaines pilules microdosées, on l’a vu) n’ont généralement plus leurs règles, puisque sans oestrogènes, il n’y a pas (ou très peu) d’endomètre à évacuer. Néanmoins, les oestrogènes de synthèse n’épaississent pas autant l’endomètre que les « vrais » et les règles sont généralement moins abondantes sous pilule.
Les oestrogènes de synthèse viennent aussi contrebalancer les effets secondaires de la progestérone de synthèse (comme l’acné, par exemple) : toutefois, ils n’ont pas les mêmes bienfaits que leur version naturelle et on déconseille même à certaines femmes (qui fument ou qui ont des problèmes cardiovasculaires, par exemple) d’y avoir recours.

Quel est le taux de fiabilité de la pilule contraceptive ?
Pour évaluer le taux de fiabilité d’un moyen de contraception, les études se basent sur ce qu’on appelle l’ indice de Pearl. Cet indice donne, sur 100, le nombre de grossesses non désirées observées dans l’année par les femmes/couples qui ont utilisé ce moyen de contraception.
Pour plus de finesse, l’indice de Pearl évalue deux types de fiabilité :
La fiabilité théorique, quand le moyen de contraception est parfaitement utilisé (souvent en laboratoire)
La fiabilité pratique, qui, elle, prend en compte les aléas de la vraie vie et la manière dont les femmes/couples utilisent cette contraception (avec son lot d’erreurs et d’incompréhensions possibles).
Ainsi, la fiabilité théorique de la pilule, que l’on voit très souvent, est de 99% : en effet, sans ovulation et/ou avec une glaire bloquant l’accès à l’utérus et un endomètre hostile, les chances de fécondation sont largement réduites. Toutefois, le taux de fiabilité pratique de la pilule est de seulement 93% : cela signifie que sur 100 femmes ayant pris la pilule durant l’année écoulée, 7 d’entre elles sont tombées enceintes par accident.

Qu’est-ce qui peut réduire l’efficacité de la pilule ?
Mais comment est-ce possible ? Dans quels cas la pilule contraceptive peut « faillir » et ne pas réussir à bloquer l’ovulation ?
L’ oubli de comprimé
La pilule est une contraception exigeante, puisqu’elle demande de penser à sa pilule tous les jours et de la prendre à heure fixe : en effet, les pilules combinées tolèrent un retard de 12 heures, mais les pilules progestatives, généralement, doivent être prises sous un délai de 3 heures.
C’est la raison pour laquelle les oublis sont fréquents ! Et, selon le Dr Martin Wrinkler qu’on avait reçu dans notre épisode de podcast sur les règles sous pilule, les oublis sont surtout nombreux au moment de reprendre une nouvelle plaquette. Or, il est crucial, surtout sur la première semaine de prise, d’être super rigoureuse et sérieuse dans sa prise de pilule, car si on oublie un comprimé, le dialogue cerveau/ovaires peut reprendre et mener à une ovulation.
Dès lors, si vous vous rendez compte que vous avez oublié un comprimé, prenez-le, mais surtout, utilisez une autre méthode de contraception (comme le préservatif) jusqu’à la fin de votre plaquette, car vous n’êtes potentiellement plus protégée.
Les diarrhées et vomissements
Il arrive aussi parfois que, même si on fait très attention à ne rater aucun comprimé, celui-ci soit éliminé par une diarrhée ou des vomissements, qui évacuent la pilule avant qu’elle ne soit assimilée par notre corps.
Ainsi, si vous avez une forte diarrhée ou des vomissements dans les 4 heures qui suivent la prise de votre comprimé, n’hésitez pas également à vous protéger jusqu’à la fin de votre plaquette.
Certains traitements et plantes
On ne le sait pas toujours, mais certaines plantes et certains médicaments peuvent avoir des interactions avec la pilule et minimiser son action contraceptive. C’est par exemple le cas de plantes comme le millepertuis, le gattilier ou le charbon actif, mais aussi certains antibiotiques, anticonvulsivants, antirétroviraux ou antifongiques.
De manière générale, prévenez toujours le médecin qui vous prescrit votre pilule (médecin traitement, gynécologue, sage-femme) si vous prenez certaines plantes, compléments alimentaires ou traitements médicaux 🙂
Une nidation toujours possible, malgré la prise d’une pilule micro-progestative
Pour finir, les pilules micro-progestatives, qui ne bloquent pas l’ovulation, peuvent elles aussi, dans certains cas, faillir à rendre le corps (et notamment la glaire cervicale et l’endomètre) impropre à une grossesse.
Tout d’abord, là encore, les pilules micro-progestatives nécessitent une prise très rigoureuse, souvent à heure fixe (elles ne tolèrent que 3 heures de retard de prise, contre 12 pour les pilules combinées). Par ailleurs, les variations hormonales et métaboliques propres à chaque femme peuvent influencer la manière dont la pilule agit sur la glaire et l’endomètre : la glaire peut donc rester de qualité suffisante pour permettre une fécondation, et/ou l’endomètre peut ne pas être suffisamment altéré pour empêcher la nidation.

Comment savoir si on est enceinte sous pilule ?
Il est parfois délicat de savoir si on est enceinte sous pilule, car cette dernière peut masquer les symptômes de grossesse. On peut aussi confondre les signes précoces de grossesse avec les effets secondaires de la pilule (nausées, sensibilité accrue, prise de poids, fatigue, etc.) !
De plus, comme nous l’avons dit plus haut, il est possible de ne pas avoir de règles sous pilule progestative ce qui peut rendre la détection d’une grossesse très difficile, tout comme on peut aussi avoir des saignements de grossesse que l’on prend pour des règles. Pas simple du tout !
Les envies d’uriner plus fréquentes ou une fatigue inhabituelle peuvent vous mettre la puce à l’oreille, même si ces symptômes peuvent être causés par autre chose. De manière générale, restez attentive aux changements soudains ou inhabituels 🙂
Et surtout, en cas de doute, il est recommandé de faire un test de grossesse 3 semaines après un rapport à risque. Ce test, urinaire ou sanguin, mesure les bêta hCG (une hormone sécrétée uniquement pendant la grossesse par le trophoblaste de l’embryon) et vous donnera une réponse claire 🙂 En effet, la pilule contraceptive fait beaucoup de choses dans le corps des femmes, mais ne peut pas fausser un test de grossesse 😉

Quels sont les risques pour le bébé si on tombe enceinte sous pilule ?
Il arrive donc qu’une femme tombe enceinte alors qu’elle prend la pilule et généralement, cela n’a pas d’impact sur la santé du bébé, ni sur celle de la future maman. En effet, les contraceptifs oraux modernes contiennent des doses d’hormones relativement faibles, ce qui limite les impacts potentiels (notamment le risque de « masculiniser l’embryon » avec une pilule progestative, ou le risques de malformations congénitales).
Néanmoins, lorsqu’on tombe enceinte sous pilule, on peut découvrir sa grossesse plus tardivement et donc, entamer un suivi médical à un stade plus avancé, ce qui peut retarder les soins prénatals et une prise en charge adaptée.
De la même manière, certains aliments et l’alcool sont (entre autres) normalement déconseillés pour les femmes enceintes et si on ignore sa grossesse, on peut éventuellement exposer son bébé à certains risques. Néanmoins, on vous rassure : c’est surtout vrai si vous découvrez votre grossesse assez tardivement !

Pour résumer – Questions fréquentes
Quel est le pourcentage de chance de tomber enceinte sous pilule ?
Le pourcentage de risque de tomber enceinte sous pilule est de 7% : il s’agit de son taux d’efficacité pratique prenant en compte les aléas de la vraie vie, comme les oublis de prise de comprimés, par exemple.
À quel moment faut-il prendre la pilule du lendemain ?
La pilule du lendemain (ou contraceptif d’urgence) peut être une alternative intéressante si vous avez oublié votre pilule et eu un rapport non protégé dans les 5 jours précédant l’oubli. Les spécialistes recommandent de prendre la pilule du lendemain maximum 3 ou 5 jours après le rapport à risque (le délai dépend du type de pilule du lendemain) et de faire un test de grossesse 3 semaines après pour s’assurer qu’elle ait bien marché.
La pilule du lendemain a pour effet non pas de bloquer l’ovulation, mais de la retarder : or, les spermatozoïdes peuvent survivre pendant 5 jours dans le vagin, grâce à la glaire cervicale. Si l’ovulation a lieu dans ce laps de temps, ils sont donc déjà « sur place » pour tenter d’aller féconder l’ovule. La pilule du lendemain va retarder l’ovulation et faire en sorte qu’elle arrive une fois que les spermatozoïdes sont morts et qu’il n’y a donc plus aucune chance de fécondation. L’ovule sera bien libéré, mais il n’y aura plus de spermatozoïde sur zone pour le féconder !
De la même manière, la pilule du lendemain n’est pas abortive : si l’ovulation a eu lieu et qu’il y a eu fécondation, elle ne stoppera pas la grossesse. Dans ce cas-là, on peut proposer de poser un stérilet au cuivre dans les 5 jours qui suivent le rapport à risque, pour empêcher la nidation de l’embryon.
Généralement, on recommande de prendre la pilule du lendemain si l’oubli de pilule a lieu durant la première semaine de la plaquette. En revanche, si l’oubli a eu lieu après ou pendant la semaine de pause, il n’est normalement pas obligatoire de prendre la pilule du lendemain : mais demandez toujours conseil à votre médecin, sage-femme, gynécologue ou pharmacien et protégez-vous jusqu’à la fin de votre plaquette 🙂
Existe-il d’autres alternatives à la pilule ?
Bien sûr ! La pilule contraceptive n’est pas le seul moyen de contraception disponible et il est tout à fait possible d’opter pour une autre méthode.
Contraception hormonale : si vous oubliez souvent votre pilule, mais devez/souhaitez garder une contraception à base d’hormones, vous pouvez opter pour le stérilet hormonal, l’ anneau vaginal, l’implant, le patch ou l’injection de progestatif. Leur efficacité pratique est respectivement de 99,2%, 93%, 99,9%, 91 et 94%.
Contraception mécanique ou méthode barrière : ce sont les méthodes qui bloquent le passage des spermatozoïdes, comme le préservatif masculin (efficace à 85% en pratique), le préservatif féminin (79%) la cape cervicale (84%), le diaphragme (88%), le dispositif intra-utérin au cuivre (99,2%) ou les spermicides (71%).
Une méthode d’observation du cycle, qui permet d’identifier la période de fertilité et l’ovulation. Comme nous avons commencé à l’expliquer, une femme peut être fertile jusqu’à 5 jours avant son ovulation, grâce à la glaire cervicale qui maintient les spermatozoïdes en vie. Elle reste ensuite fertile jusqu’à la mort de l’ovule, 12-24 heures environ après l’ovulation. Or, le corps nous envoie des signaux pour nous prévenir qu’on entre dans notre période fertile, puis qu’elle est terminée : c’est la glaire cervicale qui devient abondante et lubrifiée, mais aussi l’augmentation de la température. Ce sont sur des deux signaux combinés que repose la méthode de la symptothermie, efficace en pratique à 98%. Néanmoins, cette excellente fiabilité demande une formation rigoureuse ! Si vous souhaitez vous former, apprendre à observer votre cycle et tous les messages qu’il vous envoie sur votre fertilité, le Serenity Club est à votre disposition 🙂
Néanmoins, gardez toujours en tête qu’aucun moyen de contraception n’est efficace à 100% (à part l’abstinence, mais bon !).

Et voici, ce point de la grossesse sous pilule, qui est donc bel et bien possible et plus fréquente qu’on pourrait le penser, est terminé ! On espère en tout cas que les choses sont plus claires pour vous, et que vous serez attentive aux éléments qui peuvent entraver l’efficacité d’une pilule contraceptive (oubli, diarrhée, vomissements, certaines plantes et médicaments), mais aussi aux signes éventuels qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille.
Dans tous les cas, sachez que si vous avez oublié un comprimé, des solutions, comme la pilule du lendemain, existent ; de la même manière, si vous ne souhaitez pas poursuivre votre grossesse, vous pouvez avoir recours à une interruption volontaire de grossesse jusqu’à 14 semaines (et vous avez toute notre tendresse <3). Si, en revanche, cette grossesse n’était pas prévue mais s’avère finalement être une bonne nouvelle, toutes nos félicitations !!
Dans tous les cas, si vous avez d’autres questions ou des remarques, l’espace commentaire est à votre entière disposition, n’hésitez pas 🙂
2 réflexions au sujet de “Pourquoi est-il possible de tomber enceinte sous pilule ?”
Bonjour,
En juillet j’ai commencé à prendre la pilule optimizette Gé car je ne supportais pas le stérilet en cuivre. Sauf que je me suis rendu compte que l’optimizette je ne la supportait pas et du coup début octobre on m’a prescrit la pilule Leeloo gé continue. Donc pendant une semaine j’ai dû prendre les deux pilules en même temps, sauf que là j’ai pas mal de symptômes (sensibilité à la poitrine, vertiges, des nausées, tiraillements en bas du ventre). Et vu que j’avais eu optimizette en pilule avant, je n’ai pas eu mes règles depuis fin août. Je sais pas ce que je dois faire !
Coucou ! Mince, ces effets secondaires sont possiblement dûs au fait que tu prennes deux pilules en même temps, ça fait beaucoup d’hormones d’un coup :s Le mieux serait d’en reparler avec ton médecin pour aviser ! Bonne journée et plein de bonnes ondes !