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Double ovulation : mythe ou réalité ?

Le cycle féminin est quelque chose d’assez obscure, très peu enseigné et parfois tabou. Pour autant, il fait aussi l’objet de nombreux mythes qui peuvent déstabiliser et inquiéter certaines d’entre nous, notamment lorsque l’on cherche à adopter une approche naturelle de notre fertilité. 

C’est le cas de la double ovulation, concept flou et plein de fantasmes (vous savez, ce genre d’histoires de femmes enceintes de deux bébés de pères différents ?!).

Vous avez entendu parler de la double ovulation et souhaitez savoir si ce phénomène existe réellement et ce qui se cache derrière ?

On vous explique ce qu’en dit la science !


Rappel nécessaire sur ce qu’est l’ovulation

Avant de parler de double ovulation, faisons le point sur ce qu’est l’ovulation tout court. Car la réponse est peut-être dans ce simple rappel. 

cycle menstruel

En effet, un cycle est composé de quatre principales phases :

  • Les menstruations, qui ouvrent le nouveau cycle
  • La phase pré-ovulatoire, qui prépare les ovocytes grâce à une montée des oestrogènes et de la LH (une hormone produite par notre cerveau)
  • L’ovulation, qui correspond à la libération par l’un des deux ovaires d’un ovocyte, qui vit entre 12 et 24h
  • La phase post-ovulatoire, marquée par une hausse de la progestérone

Vous vous demandez pourquoi on vous précise ces jeux hormonaux ? Et bien car ils jouent un rôle primordial dans l’ovulation et (attention spoiler !), dans le fait qu’il ne peut y en avoir qu’une par cycle, ou presque !

L’ovulation est en effet suivie d’une hausse rapide de la progestérone dont le rôle est, entre autres, de bloquer toute nouvelle ovulation afin que, si l’ovule devait être fécondé par un spermatozoïde, il puisse s’implanter sans frasque dans l’utérus.

Autrement dit, une fois que l’ovulation a eu lieu, le profil hormonal de la femme change pour empêcher une autre ovulation dans le même cycle. S’il n’y a pas eu fécondation, la muqueuse utérine qui s’était épaissi pour accueillir l’embryon se détache, donnant lieu aux règles. 

Ce phénomène ne peut intervenir qu’une seule fois dans le cycle, c’est-à-dire que si vous ovulez le jour 16, vous n’allez pas ovuler à nouveau le jour 24. C’est fait, et rien ne se passera plus jusqu’à vos prochaines règles. 

Pour autant, à chaque ovulation il n’y a qu’un seul ovule qui est libéré, alors même que nous avons deux ovaires. C’est un peu le hasard à chaque fois, l’un gagne, l’autre perd, et il arrive qu’il y ait des exceptions. C’est là que peut intervenir le fameux phénomène de double ovulation !

ovulation du cycle

Les possibilités de double ovulation

La libération de deux ovules en simultané : les faux jumeaux 

Tout d’abord, s’il ne peut pas y avoir deux ovulations dans un même cycle, il est possible que deux ovules soient libérés en même temps ou presque, à maximum 24h d’intervalle. Pour schématiser, les deux ovaires ont tout donné et arrivent ex aequo à la fin de la phase pré-ovulatoire : ils libèrent tous les deux un ovocyte. 

On est donc dans la même ovulation, mais elle est double, un ovaire n’a pas réussi à court-circuiter l’autre. C’est là que l’on se retrouve avec des “faux” jumeaux (voire des triplés ou même plus, si 3 ovules ou plus sont libérés !). Ils ne se ressemblent pas car ils ne proviennent pas du même ovocyte, contrairement aux “vrais” jumeaux qui proviennent du même oeuf divisé en deux. 

Ce phénomène de double ovulation, que l’on devrait plutôt appeler ovulations simultanés, se rencontre en priorité chez les femmes :

  • Ayant des faux-jumeaux dans leur famille (facteur héréditaire)
  • Prenant un traitement pour favoriser la procréation 
  • Souffrant du syndrôme des ovaires polykystiques
  • Sortant juste d’une contraception hormonale

En termes de gestion de votre fertilité, si vous utilisez une méthode naturelle de contraception, cela ne correspond qu’à un seul sommet, que vous observerez avec un seul pic de glaire et une seule montée de température. 

En effet, tout se passe à peu près au même moment, dans une période de 24h tout au plus. Les méthodes naturelles tiennent compte de cette possibilité, puisqu’il n’est possible de reprendre des rapports non protégés que 3 voire 4 jours après l’ovulation, selon les méthodes. Par sécurité, on considère toujours que l’ovulation dure 24h, pour anticiper cet aléa. 

Mais il ne s’agit pas de deux ovulations car vous l’avez compris, il n’est pas possible d’avoir une nouvelle montée d’oestrogènes aboutissant à la libération d’un ovule quand un a déjà été libéré, la progestérone bloque ce processus. 


La tentative d’ovulation, qui n’aboutit pas

L’autre phénomène qui peut induire en erreur et faire croire à une double ovulation est lorsque votre corps, du fait d’une période de stress, de l’arrêt d’une contraception hormonale ou encore à la puberté et en pré-ménopause, a des difficultés à lancer une ovulation. 

Vous aurez dès lors une montée d’oestrogènes, mais pas suffisamment forte pour déclencher le pic de LH et l’ovulation.

Pour autant, elle se fait connaître avec une apparition de glaire, qui n’est toutefois pas glissante comme pour une réelle ovulation. Vous n’observerez pas non plus de hausse de votre température. Si vous utilisez une méthode naturelle, vous serez donc capable de distinguer cette tentative d’ovulation d’une véritable ovulation. 

Pendant cette tentative, vous ne risquez pas de tomber enceinte, vous n’êtes pas fertile, l’ovule n’ayant pas été libéré (même si un test d’ovulation pourrait laisser penser le contraire, car il aura détecter la présence de l’hormone LH, bien qu’en quantité insuffisante pour déclencher l’ovulation). 

Si vous venez d’arrêter la pilule, il est probable que vous soyez sujette à de telles tentatives infructueuses. Pas d’inquiétude, le cycle va retrouver son cours naturel. 


Mais alors, pourquoi ce mythe autour de la double ovulation ? 

La fameuse étude canadienne de 2003

Si de nombreux médias et même professionnels de la santé parlent de double ovulation, c’est parce qu’ils reprennent une étude menée en 2003 par des chercheurs canadiens, qui a été largement médiatisée mais aussi déformée.

Son auteur lui-même a d’ailleurs a d’ailleurs dû mettre en garde contre l’exagération de ses conclusions.

On vous explique : les chercheurs ont étudié 50 femmes et ont remarqué que chez certaines, il y avait plusieurs vagues de croissances folliculaires pendant un même cycle. Rien d’étonnant, cela correspond aux tentatives d’ovulation dont on vient juste de parler, les ovaires travaillant d’arrache pied à faire mûrir des ovocytes mais n’y arrivant pas toujours du premier coup.

Sauf que des journalistes ont reformulé cette conclusion en “il peut y avoir plusieurs ovulations dans un même cycle”, et que cette information a été très très largement reprise. D’où la révélation à l’époque (malheureusement toujours répétée) selon laquelle il pourrait y avoir une double ovulation, voire même une triple ovulation !

Commentant le principal article ayant parlé de double ovulation (celui qui a fait un énorme buzz), Roger Pierson, l’auteur de l’étude canadienne, a d’ailleurs dit “cet article prétend que les femmes ovulent deux ou trois fois par mois et ce n’est tout simplement pas vrai”. Seule la dernière vague de croissance folliculaire aboutit à l’ovulation.

Mais trop tard, la machine médiatique était en marche et le mal était fait.

Vous au moins, vous savez !


Le phénomène de superfétation

Enfin, l’autre événement pouvant créer la confusion, qui figure d’ailleurs plus souvent dans la rubrique “faits divers” que dans les articles scientifiques, est le phénomène de superfétation. 

Super… quoi ? La superfétation correspond à l’implantation d’un nouvel embryon dans un utérus qui en contient déjà un, d’une grossesse antérieure. Cela arrive chez certains animaux, notamment les souris et les lapins Autrement dit, il y a deux embryons qui se développent en décalé, issus de deux fécondations différentes.

Chez la femme, autant dire que ce phénomène relève plutôt de la science-fiction (s’agissant de la science tout court, il n’y a pas encore eu de confirmation à notre connaissance) ! Pour autant, une dizaine de cas auraient été recensés dans le monde, qui ont, là aussi, fait grand bruit. 

Certaines théories considèrent que cela pourrait être dû à un taux anormalement élevé de FSH, l’hormone qui stimule les follicules, au point qu’elle pourrait résister à l’effet inhibiteur de la progestérone, permettant une nouvelle ovulation malgré une grossesse en cours.

fleur rose

Alors, la double ovulation, c’est possible ?

Vous l’aurez compris, la double ovulation au sens de deux ovulations différentes au cours d’un même cycle n’est pas envisageable, pour des raisons principalement hormonales (avec la nuance de la superfétation).

En revanche, ce qui est possible, c’est la libération de deux ovules voire plus au cours d’une même période ovulatoire, donnant lieu à des faux jumeaux. Ou encore les tentatives d’ovulation qui n’aboutissent pas mais qui peuvent être observées, à tort, comme des ovulations. 

On espère vous avoir permis d’y voir plus clair face à cette croyance un peu inquiétante. S’il vous reste des questions, venez nous en parler en commentaire !

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